Ponts et Balises – Religions et sociétés, dieu(x) modes d’emploi – Module 1

« Ponts et Balises » est développé par l’IRTS des Hauts de France en partenariat avec le Cinquième Pôle, dédié à l’innovation responsable.

Titre
Religion et sociétés, Dieu(x) modes d’emploi (module 1)
Texte
Religion et sociétés
Quelle place pour la religion dans nos sociétés contemporaines ?
Quand on regarde une carte du monde, on voit bien que la surface terrestre est partagée entre plusieurs grandes religions. Pour faire simple, l’Europe s’inscrit dans une tradition chrétienne, mais d’autres grandes religions existent, évidemment l’Islam, l’église orthodoxe ou le bouddhisme pour ne parler que des principales. Certains en ont conclu que ce partage du monde aboutit à un clash de civilisations : conflits entre les valeurs asiatiques et les valeurs occidentales, conflit entre l’Occident de tradition chrétienne et l’Islam. Mais c’est faire peu de cas de deux phénomènes. D’abord, si on prend le cas de l’Islam, nous sommes devant un ensemble d’une très grande diversité. La Turquie n’est pas l’Iran, le sunnisme n’est pas le chiisme, l’Indonésie n’est pas l’Égypte

Ensuite, peu ou prou, tous ces espaces participent aujourd’hui de la mondialisation. Et donc la même société peut d’un coté faire référence à des valeurs religieuses traditionnelles et par ailleurs partager des valeurs qui sont liées aux technologies et au marché. Donc dans la même tête, on peut avoir des versets du Coran ou des prières chrétiennes et de l’autre, les lois de la biotechnologie ou une approche tout à fait scientifique. Donc les choses sont beaucoup plus compliquées.

En France, plus particulièrement, nous avons pensé que la sécularisation, le fait que la référence religieuse ne soit plus centrale dans la société était une révolution irréversible. Et elle l’est de fait.
Mais on voit aussi qu’en même temps il y a une forme de retour de la religion. On voit par exemple l’intérêt pour le Bouddhisme, pour les spiritualités et les sagesses anciennes. Et évidemment, il y a cette forte religiosité qui concerne la religion musulmane mais aussi les « born again » protestants ou des jeunes catholiques qui reprennent le flambeau de l’évangélisation.

Comment comprendre ces phénomènes ?

Est-ce qu’on doit les considérer comme le recul de la raison ?

C’est évidemment beaucoup plus compliqué que ça.
D’abord, on peut dire que chaque être humain a besoin aussi de spiritualité. Chaque être humain s’inquiète du sens de sa vie, s’inquiète de la mort, s’inquiète de la transmission. Donc quelque part, ce besoin de spiritualité auquel on ne répond pas quand on est dans les allées d’un hypermarché, ou quand on regarde les chaines commerciales de la télé, on peut le trouver dans différentes formes de spiritualité dont la spiritualité religieuse.

Les valeurs centrales qui unifiaient notre société se sont considérablement affaiblies. Qu’est-ce que la liberté quand on n’a pas la liberté de travailler, de manger parce qu’on n’a pas de revenu. Qu’est-ce que l’égalité quand les inégalités à l’échelle mondiale explosent de manière indécente. Qu’est-ce que la fraternité quand tant de personnes vivent des discriminations ou des humiliations. Et comment dans cette longue crise qui traverse nos pays, croire encore à la promotion sociale grâce à l’éducation, grâce au diplôme, grâce au travail ? Aussi, face à cette forme de désespoir, les gens ont tendance à trouver leur planche de salut dans telle ou telle identité particulière. Alors certains retrouvent leurs racines bretonnes, d’autres soutiennent leur club de foot, ce sont des identités particulières. Les religions offrent des possibilités plus importantes pour donner un sens à une inquiétude qui nous travaille tous.

La relation entre les sociétés et les religions restera complexe et on ne peut traiter ces questions ni par l’ignorance ni par le mépris.
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Une note de l’INED (Institut National d’Études Démographiques) datée de novembre 2016 s’intéresse à la pratique religieuse chez les immigrés et leurs descendants en France. Cette étude montrent que si la pratique religieuse est plus forte dans la population immigrée, notamment de religion musulmane, leurs descendants tendent à se séculariser. En France, la moitié des personnes ayant grandi dans une famille avec une religion déclarée s’estiment moins religieuses que leurs parents. Ce chiffre descend à 34 % des immigrés, mais 40 % des personnes dont les deux parents sont immigrés. Enfin, l’étude révèle que les personnes dont un seul parent est immigré sont plus sécularisées que la moyenne française.

L’étude : Cliquez-ici

L’étude rappelle le contexte français dans lequel le sentiment religieux tend à reculer depuis plusieurs décennies. Peu de chiffres récents existent sur ce sujet en raison de la difficulté à établir des statistiques sur le sentiment d’appartenance religieuse. On peut rappeler l’enquête de l’IFOP de 2010 qui révélait que 64 % des Français se déclaraient catholiques, parmi lesquels 57 % n’assistent pas à la messe dominicale. Les catholiques messalisants ne représentaient, en 2010, que 4,5 % de la population française contre 27 % en 1952.

Source : IFOP, 2010 Cliquez-ici

L’Islam est la deuxième religion de France avec environ 4 millions de personnes se déclarant musulmanes, un chiffre obtenu par projection à partir de sondages réalisés sur les adultes. 31 % des musulmans déclarent ne jamais se rendre à la mosquée, et 31 % s’y rendre seulement à l’occasion des fêtes ou plus rarement. Les musulmans fréquentant la mosquée régulièrement représentent donc le tiers restant, soit 2 % de la population française.

Source : « Musulmans de France, quel islam dans la République ? » Carto n° 38, novembre-décembre 2016

Selon des sources plus récentes que le sondage IFOP précédemment cité, les Français athées ou sans religion sont les plus nombreux. C’est ce qu’affirme une enquête WIN/Gallup international mentionnée par Le Monde. 29 % des personnes sondées se disent « athées convaincues » et 34 % affirment n’appartenir à aucune religion, soit 63 % de personnes n’appartenant à aucun culte reconnu. L’écart avec le sondage de 2010 peut s’expliquer par des différences dans la formulation de la question (la même personne pouvant s’estimer catholique par appartenance ou par tradition, et non-croyante par conviction).

Source : Leila Marchand, « Plus de la moitié des Français ne se réclament d’aucune religion », Le Monde, 7 mai 2015

Pour compléter, lire notre dossier Fait religieux et construction de l’espace, notamment : Hervé Vieillard-Baron, « Les religions dans les banlieues : territoires et sociétés en mutation », Géoconfluences, 2016, mis en ligne le 19 octobre 2016.

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